En coup de vent .. le syndrome de l'imposteur

Salut la commu !

Ce matin j’ai eu une idée qui ne me quitte pas depuis alors je vais la coucher sur le papier. J’ai pensé au fait que dans le forum, on réagit souvent après coup ou pendant afin d’avoir des réponses ou des retours sur un partage d’expérience. Je me suis dit, peut être on en apprendrait (parfois) mieux si on partageait un état d’esprit avant un évènement, de manière brute et sans la distance que l’on prend d’habitude pour parler de quelque chose une fois que ça s’est produit. Des pensées dans leur forme la plus organique, brute qui soit puis dans un autre paragraphe (ou un post) on peut se donner une update et un regard un peu différent sur toute l’affaire.

Aujourd’hui, il est 12h44 et je viens vous partager mes pensées. J’attends un coup de fil. Un coup de fil de la mère d’un élève (je suis prof particulière) m’ayant envoyé - à 6h31 de surcroit- un mail assez sec avec des points d’exclamations et des trucs en gras. Ce qui, pour une hypersensible HP comme moi, est une bombe ! Une bombe qui tombe direct dans mon estomac et qui n’explose pas afin de bien peser lourd sur ma conscience.

Dans ce mail, la mère explique qu’elle veut mon numéro afin de m’appeler dans l’après-midi pour discuter du contenu du cours de soutien de son fils: c’est urgent. La machine à interpréter se met en branle sans langage corporelle ou ton de voix sur lesquels s’appuyer (et dans une langue qui n’est pas ma langue maternelle) et ses conclusions se posent naturellement sur des scénarios qui me mettent en échec:

  • peut être que ça fait un bail qu’elle n’est pas contente de mes cours et a décidé de changer de prof pour son enfant

  • comme j’ai envoyé un PDF avec les devoirs à faire: "et si c’était le mauvais fichier et un document horrible ? !! " (mon esprit n’a pas réussi à trouver un exemple de truc horrible pouvant se trouver sur mon pc mais ça suffit pour me faire flipper)

Et surtout, tous ces scénarios aboutissent à la même conclusion: je suis une « fraude », je ne mérite pas ce travail et je ne suis pas assez qualifiée. J’ai eu le job il y a 3 ans par pitié de mon boss et je l’ai gardé depuis parce que je suis comme un chihuahua à qui on ne peut pas en vouloir (mon esprit n’est pas intéressé par le fait que on est évalués en permanence par feedback anonyme car ça détruirait la théorie du « je suis arrivée là par chance et maintenant les gens ont compris et c’est fini »). Je pense aux conséquences si ce cours m’est enlevé et le cercle vicieux de perte de confiance en moi que cela pourrait occasionner jusqu’à que je perde mon emploi !

Bref, vous l’avez compris … et COUCOU le syndrome de l’imposteur !!

** le téléphone sonne c’est elle je vous reprends après **

Ok. Je suis surprise de la tournure de la conversation. J’avais raison sur le fait qu’elle n’était pas entièrement satisfaite mais j’avais totalement tort sur ses intentions. Elle voulait simplement me faire part de l’objectif du cours et ce sur quoi elle voudrait que je me concentre. Elle ne cherchait pas à me descendre ou bien à questionner mes compétences. Elle voulait simplement que le cours consiste plus en une aide qui se cale sur le programme scolaire plutôt qu’un cours qui essaie de répéter es acquis et s’assure qu’ils sont compris: elle veut que son gamin survive au programme scolaire et se débrouille. J’avais eu raison de préparer quelques idées sur une feuille mais, ne sachant pas ce qu’elle allait dire, j’avais paniqué à l’idée de devoir improviser (en allemand aussi haha) face à ses paroles.

Qu’est ce que j’en retire de tout ça ? Que je suis pas mon alliée, que le chemin est long jusqu’à la confiance en moi et en mes capacités dès que celles ci sont peut être en danger.

NON je n’ai pas eu mon job dans une pochette surprise et j’ai progressé petit à petit dans mon institut en passant des petits remplacements jusqu’à avoir mes propres cours.

OUI je mérite mon salaire parce que je travaille depuis des années auprès d’apprenants et que même si j’ai pas fini mon master de pédagogie, j’ai deux licences (pédagogie+anglais) et un master en études américaines et de l’expérience depuis 5 ans en tant que prof. Cette expérience ne me protège pas des erreurs et ne me dispense pas du chemin infini à parcourir: parce que on est jamais « fini » et qu’on passe notre vie à apprendre !

Et là soudain je me sens très con. Je me suis montée la tête toute la matinée à me ronger les ongles pour rien et ça me démange de réécrire le début de mon post afin de « tone down the drama » haha Cependant, je trouve que c’est important de montrer à chaud ses pensées, ces pensées qui nous parasitent et semblent un peu moins effrayantes une fois l’évènement passé et un fois qu’elles sont contredites. Parce que c’est quand je lis ce genre de choses que je me sens moins seule.

Allors allez-y ! Racontez moi des moments où vous avez douté de vous, ce que vous avez appris, vos tips pour moins douter et surtout… faites tournez les phrases ridicules que vous vous êtes dites sur le moment!

xx

Luseal

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Avant-hier :
Je reçois un message de convocation à une formation pour demain.
Etonné, je fais le lien avec une formation en binôme que je suis contraint de faire et pour laquelle je me suis inscrit avec mon collègue récemment.
Je me dis ben merde c’est quand même un peu gonflé là quand même. J’envoie un mail rapide pour expliquer qu’on sera pas là avec mon collègue car on s’est inscrits pour la session de décembre et qu’on pourra pas se libérer plus tôt.
Elle me renvoie un mail en me disant qu’il n’y a que ma candidature mais qu’elle me cale pour décembre et qu’il faut le paiement et que mon collègue sera surement sur la prochaine session.
Bon.
Je l’appelle, elle me répète son mail à l’oral et me dit qu’elle a qu’une seule inscription toussa toussa, puis à mon tour je lui explique qu’on s’est inscrits ensemble avec mon collègue, qu’on a tout envoyé en un seul courrier et qu’on a fait un chèque pour 2. Du coup on est tous les 2 un peu paumés sur le truc, elle me dit qu’elle voit avec sa collègue parce qu’elle est en télétravail et qu’on lui renvoie un bulletin d’inscription chacun pour revalider le truc.
Alors j’en parle avec mon collègue et on en déconne et on charge un peu sur l’ironie autour du manque d’organisation de leur administration etc.
Elle me renvoie un message, qui se résume en substance à :
J’ai trouvé la réponse : vous avez confondu 2 formations.

Donc j’ai juste zappé une formation à laquelle je me suis inscrit il y a 3 mois, que j’ai mal reportée sur mon agenda et que j’avais donc complètement zappé, et je me suis payé le luxe de raler et ironiser après le manque d’organisation présumé de l’administration en face.

Et ensuite sont venues les pensées du genre
« Bordel mais je suis JAMAIS organisé », « Je fais TOUJOURS de la merde », « Je suis vraiment qu’un crétin condescendant », « Et comment je peux avoir la prétention de tenir une entreprise si j’arrive même pas à caler un malheureux rdv », « C’est SÛR que je peux que me planter vu comme je suis pas carré », « J’oublie TOUJOURS des trucs dans la paperasse », « Je suis nul ».

Bon c’est passé assez vite car les pensées à base de « toujours » et « jamais » sont démontables assez facilement avec un peu de recul et l’habitude de l’exercice. Et en fait j’ai un emploi du temps parfois très dense que j’organise plutôt bien globalement. Je suis plutôt carré au boulot, ça dépend surtout de l’intérêt que je porte aux tâches etc.

Bref, je reviens sur ma croyance du mythe de l’excellence et de l’échec rédibitoire, je la débite en petits morceaux pour la jeter au feu, puis je tourne le dos et j’avance. Avec le temps ça se fait de mieux en mieux je trouve :slight_smile:

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Merci pour vos partages…
J’etais la spécialiste pour me faire des " films", mais j’apprends à arrêter, à me méfier de la communication par écrit et ne pas réagir à chaud.
Comme dit une copine qui anime notre groupe WhatsApp, à part des chirurgiens ou autres, il y a rarement des urgences vitales dans le boulot… Donc on peut aussi mettre en attente certaines demandes, pour se préparer à l’entretien par exemple ?
Dernier exemple en date pour moi:
Dans l’entreprise où j’interviens, j’ai eu par mail une nouvelle interlocutrice RH … qui m’a posé des questions auxquelles je ne savais pas répondre… j’ai tout de suite imaginé le pire , qu’elle veuille me fliquer, que je doive rendre des comptes etc etc… qu’elle allait critiquer mon organisation… Alors que mon compagnon ne comprend pas que je m’impose pas + et que même, je fais une partie de travail en + ( organisation). Pour moi, c’est positif, car je peux avoir + de liberté…
Bref, assumer ma méthode, mes positionnements pédagogique, plutôt qu’imaginer les critiques qui n’ont jamais été formulées…
Ayant été prof en collège, je dis toujours que n’importe qui peut dénigrer un cours… mais faire mieux est une autre histoire !
J’adore la chanson / version de ben mazué:

Big aux gens qui doutent :hugs:

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Mais yes ! C’est vrai que c’est tout un truc de déconstruire les attentes de fou qu’on a envers soi même !

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Salut @Mel ! Merci pour ton partage ! Oui c’est une bonne phrase sur les urgences vitales :slight_smile: Un tips de ma psy qui j’aide tous les jours c’est de me dire:

" Ok si une amie arrivait avec ce problème que tu as là , est ce que tu lui dirais ce que tu te dis à toi même ?"

« la réponse est non ? Ben alors tu n’es pas sincère avec ton amie ? tu ne crois pas vraiment ce que tu lui dis ? »

En gros ça me force à être raccord sur ce en quoi je crois :smiley: Bien sûr que je le pense sincèrement quand je dis ce que je dis à une amie alors je dois être cohérente et changer la manière donc je m’adresse à moi même !

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