J'ai besoin de poser ça ici

Après réflexion, on propose un petit espace -moins léger- pour des envies / besoins de témoignages, partages de sujets parfois un peu compliqués.

Je voulais vous partager un petit bout de mon histoire. Bon par contre je préviens c’est pas rigolo du tout.

Douze ans. Douze ans que ma vie a basculé. Comme tout le monde bien sûr, j’avais déjà mon petit lot de casseroles, que je trainais derrière moi dans cette construction identitaire compliquée de jeune femme. Mais les 24 et 25 avril 2009 m’auront marquée au fer rouge. J’avais entamé une relation avec un homme, de onze ans mon aîné. J’avais dix-huit ans. Un videur qui travaillait dans un bar de la ville où j’étudiais alors. C’était tout récent, deux semaines. Et il y a eu ce soir, où il est venu chez moi après son travail. Avec beaucoup d’alcool. Il a bu, il voulait que je boive, que je me désinhibe. Moi je n’ai pas bu. Je sentais que quelque chose n’était pas normal, mais ma vision naïve du monde me faisait dire que je psychotais, que c’était mon copain, que je ne risquais rien après tout. Pourquoi aurait-il voulu me faire du mal ? Le lendemain, je prenais le train pour Bordeaux, assez tôt, je n’avais pas prévu qu’il reste dormir. Mais là encore, je n’ai pas osé dire non, il avait bu, il me mettait mal à l’aise, j’avais peur de sa réaction. Alors je suis montée me coucher avec lui. Il a voulu faire l’amour. Je ne voulais pas. Il ne m’a pas laissé le choix. Malgré mes non. Malgré mes larmes. Il m’a violée. Il m’écrasait de tout son poids, j’étais tétanisée, terrifiée, je ne comprenais pas ce qu’il se passait. Je ne voulais pas. Il m’a dit : « Eteins la lumière, je ne veux pas te voir pleurer quand je te baise ». Cette phrase, douze ans après, je l’entends encore. Ce poids je le ressens toujours. Cette angoisse, je la revis par moments. De moins en moins souvent heureusement, mais ça arrive. Il a fini par s’endormir après ça, moi aussi d’épuisement, pour quelques heures. Je me suis réveillée très tôt. Et la première chose que j’ai faite, alors que je savais pertinemment que dans ce genre de situation c’était la dernière chose à faire, ça a été de prendre une douche. Je me sentais sale, tellement sale. Et honteuse aussi. J’avais peur encore. Dès que j’ai pu, j’ai fui mon appartement pour la gare, alors qu’il finissait de cuver son alcool de la veille en ronflant dans mon lit. Et je suis partie loin pour le weekend en lui disant de remettre les clés dans la boîte aux lettres en partant. Suite à ça, j’ai porté plainte. Bien sûr ma parole n’a pas suffi et ça a été classé sans suite. Et a débuté une longue descente aux enfers pour moi, dont j’ai peiné à me sortir et qui m’a longtemps entravée. Cette année pourtant, j’ai décidé de lui écrire une lettre, que je ne lui ai pas envoyée, mais où je m’adressais à lui, pour lui dire que je lui pardonnais. Et j’ai vraiment senti qu’avec cette lettre, je laissais ma colère derrière moi, avec lui. Bien sûr la blessure est toujours là. La sensation de sale, d’humiliation, cette cassure aussi. Je me rappelle chaque détail de la soirée. De ce qu’il a bu aux films qu’on a regardés pour retarder au maximum le moment d’aller se coucher, en espérant qu’il partirait de lui-même. De son regard. De toutes ces sensations horribles. Le sentiment d’injustice se fait plus ou moins fort selon les années, tout comme celui d’abandon. Il faut de la force pour se battre contre ça et quand on est seul.e, cette force fait défaut. Si à l’époque on m’avait aiguillée vers les bonnes personnes, des associations d’aide aux victimes par exemple, mon combat aurait sans doute été différent et les choses auraient tourné autrement, j’imagine. Cependant on ne peut pas refaire le passé, alors j’essaie d’aller de l’avant. Aujourd’hui j’ai encore beaucoup de mal à me dire que je suis forte et à être fière de m’être relevée de tout ça, même s’il y a encore des petites chutes de temps à autres. Et aujourd’hui c’est la première fois que j’ose poser mon histoire publiquement. J’essaie de ne pas avoir honte, quand on a été en position de victime, c’est difficile, vraiment. Je ne sais pas si ça peut entrer en résonnance avec d’autres histoires, mais si j’ai une chose à retenir, non deux, c’est d’abord qu’il ne faut pas rester seul.e face à ça, essayer de trouver les bonnes personnes pour se faire accompagner. La deuxième chose, c’est que la colère, si elle est nécessaire un temps dans le processus de guérison, ne doit pas durer, sinon elle devient destructrice pour soi et pour son entourage. A celles et ceux qui sont proches de personnes ayant vécu ça, soyez bienveillants, à l’écoute. Et ne faite pas comme si ça n’avait jamais existé. Parce que ça a été et ça sera toujours. Le viol, les agressions sexuelles, ça meurtrit à vie. Alors le temps adoucit les peines, mais savoir que ce que l’on a vécu est reconnu et qu’on n’est pas seul.e à y penser, se sentir soutenu.e dans la guérison de cette épreuve, ça fait du bien aussi.

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Tu le sais déjà mais je tiens à te le redire ici aussi : Merci infiniment pour ton témoignage @MarieTournelle qui m’a beaucoup touché et qui aidera beaucoup de personnes qui ont déjà eu affaire de près ou de loin à ce genre de situation. Ton courage est tellement inspirant <3

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Merci d’avoir osé te confier à nous. Ce n’est pas facile de répondre à un tel témoignage, en tout cas tu n’as aucune honte à avoir, c’est à celui qui t’a fait subir ça d’avoir honte ! C’est ahurissant de voir qu’il n’a même pas été jugé ! :rage:
Bravo pour ton courage et ta force :pray:

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:pray::sob: certains mecs sont vraiment cons de base et l’alcool n arrange rien a ça. Il ne mérite pas la lettre que tu lui a faite même si il la lira jamais…

:kissing_heart: bisous ma Lala

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Bravo pour cette superbe avancée, pour cette étape que tu as la gentillesse de partager avec nous et merci. Merci de parler, merci de nous faire confiance, merci de vouloir inspirer celles (et ceux même s’ils sont moins nombreux) qui n’ont peut-être pas encore fait ton chemin.

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Merci @MarieTournelle pour ton témoignage. Tu as tellement de force. Saches que tu n’es pas seule, je te comprends. J’ai du lire ton témoignage en plusieurs fois. C’est tellement difficile de poser des mots là-dessus.
Merci.

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Oh @MarieTournelle je découvre ton message aujourd’hui seulement; merci pour ta confiance et ton témoignage.
Je te fais un hug virtuel <3

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@MarieTournelle très touché par ton témoignage. Beaucoup de Courage et Force à toi.

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Merci à tou.te.s . Vous voyez, il y a des soirs plus difficiles où un mot, une situation, entrent en raisonnance avec le vécu, et s’il y a des techniques pour baisser le niveau de la douleur sourde et latente qui reste malgré le temps, vous lire, ça fait sans doute partie des choses qui apaisent le plus. Alors merci à vous <3

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